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Radio Royans 93 Mhz ecouter Le Direct

Plumes de brigands

Le rendez-vous littérature jeunesse

Plumes de brigands, émission littéraire sur Radio RoyansLisa bienvenu sur Radio RoyanspatriceGaelle à la technique sur Radio Royans

Présenté par Lisa Bienvenu et Patrice Gilman
Gaëlle à la technique

 
Radio Royans

 mardi 7h45 - mercredi à 10h30 -hebdomadaire-

site Plumes de brigands emission

Plumes de brigands 104

le président du monde Le président du monde

Germano Zullo et Albertine - éditions La joie de lire -2016-

 

C’est l’histoire du Président du monde pour qui tout va très bien alors que tout va très mal. Les téléphones du monde entier sonnent en même temps pour témoigner de situations alarmantes. Les dossiers s’empilent sur son bureau. Mais, heureusement, les conseillers sont là : chacun a bien étudié la situation pour mieux prendre la place du Président. Chacun maîtrise brillamment la langue de bois. Pendant toute cette agitation de surface, dans les profondeurs d’un joli lac de montagne, on voit un bloup-bloup, de douces petites bulles qui font surface, gentiment et innocemment.

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Mais, Maman est là.... alors tout va très bien (Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien !). Avez-vous déjà croisé un immense monstre, plus grand que des immeubles, qui râle très fort, a une démarche raide et lourde sur ses pattes arrière et avance bruyamment, les pattes avant tendues ? Oui, je vous décris là une figure archétypale, une figure qu’on identifie tous parfaitement. Plus concrètement celle-ci est récente, elle appartient dans nos têtes aux Comics américains (j’en ai croisé un dans un Spiderman) et aux films de série B, qui sont parfois de merveilleux nanars. Ce monstre-là, récent, que l’on connaît sort forcément de quelque part. Des dessinateurs, japonais je crois, ont crée une figure de monstre allègrement reprise par des dessinateurs occidentaux, qui en ont fait une star.

Aujourd’hui, ce monstre star se retrouve dans un album de Germano Zullo et Albertine et le mélange des imaginaires crée dans nos têtes un décalage hilarant. Un mélange explosif qui nous fait ressentir drôlerie et désespoir. Alors ça interpelle beaucoup. Les textes sont délicieusement légers et très ironiques, ironie renforcée par la présence du gros monstre qui signifie pour nous "la destruction totale d’une ville ou la fin du monde". Les illustrations ont des couleurs vives et enjouées, le trait est sûr et tremblant en même temps. On sent toute la fraîcheur de la montagne. Le contraste est total : le danger arrive à très grand pas, dans un paysage digne d’Heidi. Les personnages regardent tous en l’air ou de côté : si on ne regarde pas, c’est qu’il ne se passe rien, hein, c’est bien ça !

Étonnant !

 

Lisa Bienvenu

 

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Plumes de brigands 103

la danse de la mer La danse de la mer

Laëticia Devernay- éditions La joie de lire -2016-

 

C’est l’histoire de la mer, accueillante, paisible, partageuse et généreuse, joueuse aussi ! Elle nourrit l’Homme. L’Homme se sert et de plus en plus. Alors elle commence par le taquiner presque gentiment, à faire gonfler ses vagues un peu plus haut pour que l’Homme la respecte davantage. N’entendant rien d’autre que son estomac, son besoin de se remplir éperdument, il continue, évidemment, jusqu’à épuisement des ressources de la mer. Alors elle gronde et tempête, elle fait danser et tournoyer l’Homme et finit par l’engloutir, pour mieux le faire renaître de ses eaux.

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Cet album est complètement "silencieux" verbalement : pas un mot, pas une onomatopée, rien, pas de signe "lisible" au sens le plus commun du terme. Et pourtant, tout, de sa présentation, à la matière, en passant par les traits et les couleurs, les mouvements... nous raconte mille et une histoires et soulève de très fortes émotions bien parlantes !

Il faut d’abord sortir le livre d’un coffret, il est orné de délicates petites dentelles en forme de poissons ou de feuilles. Il est tactile : tout semble fait aux papiers découpés finement assemblés, comme par magie. On a le sentiment d’une histoire à la fois aérienne et terrienne, au service d’une histoire de mer. Cet album est aussi fait de lignes qui rappellent des partitions musicales. Loin d’être droites, ces lignes sont en mouvement perpétuel, fluide, avec parfois de très fortes ruptures visuelles. Les formes remplies de couleurs sur une page et évidées sur l’autre page disent aussi le mouvement : le plein, le vide, le manque.

Les danseuses / mer de ce livre sont absolument somptueuses tout en étant redoutables. Dans cet album sans un mot, les images mettent en scène le corps en mouvement et en musique pour nous délivrer une parole universelle

C’est beau et précieux, on a envie de s’arrêter et de faire attention.

 

Lisa Bienvenu

 

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Plumes de brigands 102

voyage en mer Un voyage en mer

Gérard lo Monaco- éditions Hélium

 

Plongée en mer ! Sans palme, ni tuba, pas besoin de bouteilles d’oxygène, pas non plus la peine de rester en apnée (les essais dans la baignoire sont suffisants pour s’entraîner), oubliez le mal de mer

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Dans ce voyage en mer, trois matelots un peu particuliers nous embarquent avec eux dans de véritables bateaux de légende. On vogue avec eux de tableaux en tableaux, chaque page est construite comme une peinture animée : les bateaux sortent du livre, comme ils flottent sur l’eau. On découvre avec des yeux ébahis, la précision de l’ingénierie papier pour fabriquer ces tout-petits navires. Et on mesure alors le travail de titan que cela doit être de fabriquer des bateaux destinés à des fins si différentes.

Les textes qui accompagnent chaque scène en volume sont un peu énigmatiques, comme les "choses" de la mer et on imagine sans peine un marin les déclamer très fort à la face du vent.

C’est un livre qui donne véritablement envie de s’échapper en mer, de s’intéresser à la construction des bateaux et à leur importance dans l’Histoire du Monde ! La découverte des contrées du monde s’est faite par la mer. Aujourd’hui, la plupart de nos biens matériels, de nos échanges se font aussi par la mer. Et puis les grands récits qui fondent nos civilisations ne se sont-ils pas déroulés en grande partie en mer ? L’Enéide, de Virgile, L’Illiade et L’Odyssée, attribués à Homère. C’est peut-être pour ça qu’on est plus ou moins consciemment fascinés par ces histoires de mer

pajot Ce livre est aussi un hommage au peintre marin pêcheur Paul-Emile Pajot (1873-1929) Voici une de ces peintures.

 

Lisa Bienvenu

 

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Plumes de brigands 101

marguerite Le noël de Marguerite

India Desjardins et Pascal Blanchet - éditions de la pastèque

 

C’est l’histoire d’une vieille dame qui est toujours seule à Noël, c’est comme ça, elle a choisi. Elle ne veut déranger personne et aime bien être tranquille, dans ses souvenirs. Elle est seule dans sa grande maison, elle ne sort pas car le monde vient à elle. Elle s’assoit dans son canapé, devant sa télévision. Elle s’assoit dans son fauteuil à côté du téléphone. Elle aime être en pantoufle, sous son toit

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Et puis une nuit, elle met les pieds dehors. Elle a juste enfilé sa robe de chambre et des bottes de neige...

C’est le silence le plus absolu qui règne dans cet album. Parce que cette histoire se passe dans une maison isolée, au milieu de la neige. Parce qu’elle met en scène une vieille dame seule qui ne sort pas. Parce que sur la couverture, on voit cette petite mamie, avec ses lunettes au bout du nez tenir dans sa main une représentation de sa maison, dans une boule à neige. A l’image de l’histoire : elle vit bien abritée, mais un jour, elle va regarder d’un peu plus loin son toit qui fait plus que la protéger.

Parce que les illustrations à la fois précises et floues de Pascal Blanchet sont une projection dans un passé fantasmé et qu’on a le sentiment qu’en frottant les pages embuées du livre, on va découvrir des petites scènes. Le texte raconte beaucoup, trop à mon goût, ce qu’il dit est prétexte et finalement, on se dit que la véritable histoire commence après le livre.

 

Lisa Bienvenu

 

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Plumes de brigands 100ème

visuel soirée pyjama  Histoires illustrées racontées aux adultes...

...A l'occasion de la 100ème chronique de littérature jeunesse "Plumes de brigands", rendez-vous animé par Lisa Bienvenu sur notre antenne.

A cet évènement organisé en public s'est associé la médiathèque "La Halle Jean Gattegno" à Pont en Royans qui fut, le temps d'une soirée, le théâtre de cet anniversaire. C'est dans une ambiance intimiste et chaleureuse que ce 6 janvier 2016 se sont succédés des lectures d'ouvrages jeunesse à plusieurs voix.

Ainsi, autour de Lisa, prenait place Marie, bibliothécaire, ainsi que Xaviera, de l'association "D'une histoire à l'autre".

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Plumes de brigands 99

un ours des ours Un ours, des ours

Auteur : François David ; collectif d'illustrateurs ; éditions Sarbacane  -2016-

L’ours... demandons-nous ce qu’il représente pour nous, intimement, profondément ? Et demandons-nous aussi ce qu’il est dans notre imaginaire collectif ? Dans notre histoire commune ?

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Alors regardons attentivement l’image de couverture : un ours brun au pelage à fois doux et rêche remplit l’espace. Il est imposant, impressionnant. Un petit coin, suffisamment grand, au creux de l’ours, semble pouvoir nous accueillir encore. Il doit y faire chaud. L’ours brun dort, en position fœtale. Ses yeux sont bien fermés. Mais ses griffes sont sorties et pas qu’un peu. C’est l’ours de Marie Dorléans. A l’intérieur, il y a bien d’autres ours, de bien d’autres artistes [1]. L’ours n’étant certainement pas un animal anodin pour chacun de nous, de manière intime, lié à notre enfance ou dans l’imaginaire collectif, chaque représentation de la bête, chaque interprétation nous renvoie à d’étranges sentiments, agréables et déroutants tout en même temps. Et puis, avec ces imaginaires si forts et si lointains, chaque dessin d’artiste ressemble au dévoilement d’un petit secret. Comme une confidence sur l’enfance. Les textes de François David sont énigmatiques, la lecture en est fluide alors qu’il y a finalement assez peu de signes de ponctuation. Là aussi, c’est étonnant, comme si l’ours était un animal familier et qu’on se surprenait à le découvrir sans cesse. Les formes de poésies sont variées, racontant parfois une histoire presque narrative, nous donnant simplement des sensations, nous procurant des émotions. On peut avoir le sentiment de ne faire que picorer, parce que c’est court, mais il y a de fortes pensées et impressions qui perdurent. Quand on y pense, là sous nos yeux, c’est une foule d’univers d’artistes différents qui nous sont proposés, dans le même livre, sacrée chance, vraiment, pour ravir nos yeux ! Toujours sur des textes de François David, les éditions Sarbacane ont déjà publié sur le même principe un éléphant peut en cacher un autre et un loup peut en cacher un autre. Je crois qu’ils sont épuisés. Ces livres-là sont de véritables richesses pour l’imaginaire, le partage, la transmission et la vie secrète, nichée à l’intérieur de soi.

Lisa Bienvenu

 

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dune rive a lautre D'une rive à l'autre

Cécile Roumiguière et Natali Fortier éditions A pas de loups - 2016

 

Pierre et Elise sont des copains qui s’aiment très fort. Leurs familles sont brouillées depuis des années, sans qu’on sache bien pourquoi. Elise et Pierre vivent à l’époque des écoles de filles et de garçons, à l’époque de la guerre. Une rivière sépare leurs maisons, pas de lien direct entre leurs habitations, mais... beaucoup d’imagination les relie l’un à l’autre, de la confiance, l’envie d’être ensemble. Un jour, Elise raconte à "Pierre qu’une femme est arrivée chez eux" et c’est là que tout s’emballe, se noue et se dénoue...

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Alors oui, la guerre c’est dur, Cécile Roumiguière, dans son texte, n’amoindrit pas cet aspect. Elle y évoque la faim, la nécessité pour certaines personnes de se cacher, les peurs des adultes, le repli sur soi. Dans les mots de l’auteur, on entend aussi beaucoup de chaleur et de confiance : les enfants savent où se retrouver, ils s’inventent des histoires. Et cette femme accueillie dans la famille d’Elise avec "son ventre rebondi", promesse de vie, les chants qu’elle donne à la fillette, la poupée qu’elle raccommode avec l’étoile jaune arrachée de son manteau. Le secret qu’elle partage avec les enfants. C’est un doux équilibre chuchoté à nos oreilles, rassurant parce que tout vient des enfants, de la confiance qu’ils ont en la vie, de la solidarité qui les anime, de manière spontanée et naïve. Les images de Natali Fortier ? Elles entrent en résonance avec le texte : on y pressent, dès le début, avec le mobile enfantin sur les pages de garde, la fin heureuse. Les couleurs sont à la fois pâles et lumineuses... tout n’est pas que bonheur, la froideur est là, mais tout va quand même bien. Écharpes, couture, fil pour étendre le linge, ribambelles, personnages en file indienne, branches des arbres qui s’entremêlent, tout est là pour nous dire en filigrane qu’ensemble, tout est possible. Et puis, toujours, chez Natali Fortier, ces personnages qui semblent toujours prêts de tomber mais qui restent en équilibre. Tout est tendu, prêt à se briser, mais non, ça ne casse pas. Regardez, l’image de couverture... L’histoire se déroule au moment de Noël, c’est le moment, là, non ?

 

 

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Plumes de brigands 98

un gd jour Un grand jour de rien

Béatrice Allemagna éditions Albin Michel jeunesse - 2016

 

C’est l’histoire d’un petit garçon qui vit comme une étoile de mer [1] : il passe ses journées de vacances allongé sur un canapé, dans un coin (il faut dire, il pleut à verse et sa maman travaille sur son ordinateur). Il porte d’énormes lunettes mais sa vision du monde réel extérieur est davantage rétrécie par son temps passé sur la console à zigouiller des martiens que par une vue défaillante. Et il est ultrasensible : aux sentiments, aux émotions, au monde de rien qu’il finit par découvrir dehors, sous la pluie, en K-Way© orange fluo. Et il pense à son papa, absent.

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Il y a une image qui me rappelle une photo. Celle que Robert Capa a faite pendant la guerre d’Espagne et qui s’appelle "la mort d’un républicain". Elle représente dans l’histoire de la photo "le moment décisif", comme dans la vie de ce petit garçon étoile de mer. Ce rapprochement est peut-être étrange, mais voilà comment un travail particulier sur une image, un cadrage, un point de vue peut véritablement révéler un aspect sous-jacent d’une histoire. C’est quand même passionnant ces associations d’idées !

Dans ce livre où il pleut, les escargots et les champignons sont de sortie avec une incroyable foule de minuscules petits bidules tous plus adorables les uns que les autres et qui procurent des sensations douces et fraîches. Le petit garçon lumineux éclaire tout sur son passage, même s’il pleut toujours.

Et il faut sentir la fin brillante de cet album, tout en force et en retenue, dans le propos, dans les images. Avec ce livre qui va à l’envers de la vie courante, bruyante, ensoleillée, souriante, rapide, occupée, belle et festive, Beatrice Alemagna pourrait bien remettre tout le monde d’aplomb. Elle a composé un personnage en qui elle a pleine confiance.

Lisa Bienvenu

 

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dinosaure Dinosaure

Antoine Guillopé éditions Gautier Languereau - 2016

 

C’est l’histoire de la naissance d’un bébé dinosaure et son éveil à la vie, au monde qui l’entoure, racontés par lui-même. Et c’est un peu étrange, parce qu’on a le sentiment que c’est notre petite voix intérieure qui nous parle de notre naissance et de celle du monde et de notre rapport avec celui-ci. Avec nos envies de sortir et découvrir, nos peurs profondes, l’irrépressible besoin de la mère avec ce regard qui rassure et qui fait exister. Cet album est véritablement palpable, on voit les très nombreux coups de crayons, l’insistance à certains endroits pour créer de l’ombre et de la lumière, pour que les silhouettes des dinosaures prennent vie sur le décor de papier. Notre fascination pour nos origines et pour les dinosaures est bien là !

  

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Plumes de brigands 97

dictionnaire fou du corps Le dictionnaire fou du corps

Katy Couprie, éditions Thierry Magnier, 2016 "

Censure

Contexte Condensé de cette affaire de censure, voilà mes sources : Article publié sur le site "L’Obs" le 28 octobre 2016 Article publié sur le site "L’obs" le 8 novembre 2016 l’hilarante chronique jaune et noire de François Morel sur France inter

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Le 7 octobre 2016, la Direction des Affaires Scolaires de Paris a demandé le rappel de deux ouvrages qui avaient été distribués dans les bibliothèques des écoles maternelles et primaires.

le dictionnaire fou du corps de Katy Couprie aux éditions Thierry Magnier et  Beta... civilisations volume 1 de Jens Harder aux éditions Actes Sud l’An2 Motif : des vignettes qui peuvent choquer Question 1 : choquer qui ? Question 2 : quelles vignettes ? Grande Interrogation : les livres qui sont distribués dans les bibliothèques des écoles font toujours l’objet d’une sélection et d’une attention particulière, alors pourquoi, si "des vignettes peuvent choquer" n’ont-elles pas été repérées avant ? Autre Grande Interrogation, en tout cas pour le Dictionnaire fou du corps :il comporte la mention obligatoire dans l’édition jeunesse relative à la "Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse". Si vous cliquez sur le lien, vous verrez que des gens très sérieux composent ce comité qui vérifie les livres.

Alors THE QUESTION IS : de quoi a-t-on peur ? On devient frileux pour tout, mi-figue mi-cochon comme j’aime à le dire !

Il y a des crispations sur tout et pour tout comme s’il fallait en Littératures ne montrer que la convenance. "ça ne se fait pas, ne se dit pas, roo non quand même" Mais... quoi, enfin ? Et alors, toujours ce comble-là, complètement paradoxal : la littérature jeunesse, ce n’est pas grave parce que c’est pour les enfants, pas vraiment nécessaire d’en discuter et d’en débattre trop. C’est mignon et gentil. Par contre il peut y avoir des levées de boucliers basées sur rien... si sur le corps, la nudité, l’amour, les relations d’amour et sexuelles... sur ce qui nous fait nous et entre nous.

Depuis, sans faire trop de bruit, les livres sont revenus sur les rayons, n’empêche, il y a quand même eu censure. Alors tant mieux, pour l’instant présent et ces livres. Mais je pose la question, vraiment : ne vaudrait-il pas presque mieux censurer et assumer, ce qui donne la pleine possibilité aux opposants au courant de se positionner, d’informer et de se battre plutôt que de censurer, pédaler en arrière et se retrancher derrière le "ah mais non, la censure, pensez-vous, pas chez nous... non."

Le livre

C’est un livre d’artiste, un point de vue sur le monde. Esthétiquement, on aime ou pas, les choix graphiques, de mises en pages, les textes poétiques, humoristiques, très fantaisistes.

C’est un parti pris et si on prend le temps de regarder, ce parti pris est parfaitement expliqué par l’éditeur (Thierry Magnier) et l’auteur (Katy Couprie) pour donner des repères de lecture et compréhension aux lecteurs adultes et enfants. Tout est extrêmement clair sur les intentions. Il suffit de faire confiance. On ne peut se tromper que si on zappe, si on extrait de son contexte, que si on manipule l’information sans faire attention avec des préjugés

. Qui plus est, les éditions Thierry Magnier ne publient pas de documentaires, elles travaillent sur l’art et la fiction qui sont UN point de vue sur le réel, UNE proposition, pas LA vérité. Elles donnent du grain à moudre, elles alimentent la cervelle avec l’art et la fiction.

A la lecture de ce livre et de Beta... civilisations, volume 1 de Jens Harder, autre ouvrage censuré dans le même panier, j’ai comme le sentiment, que oui, la "chose sexuelle" peut déranger, mais j’ai surtout l’impression qu’elle est un prétexte là. Ces deux ouvrages sont de fabuleux mélanges de tous les genres, ils font des rapprochements esthétiques et poétiques oui, mais aussi d’idées qui dérangent proprement notre actuelle vision du monde, qui la remettent en cause, profondément. Alors je me demande si ce n’est pas davantage ça qui embête les autorités qui censurent.

Rappelons-nous : Tous à poil ! de Claire Franek et Marc Daniau qui montrait dans la joie et la bonne humeur des personnages tous souriants, se déshabillant avant de courir à la plage. Il me souvient une petite chose rigolote : Copé avait joliment dit qu’inviter les enfants dans un livre recommandé par l’éducation nationale à dire "A poil la maîtresse !" était clairement leur faire passer le message qu’ils pouvaient se moquer de tout, ne plus rien respecter et remettre en cause l’ordre établi.

Le Dictionnaire fou du corps est un livre d’artiste avec des idées et un style, dans lequel tout peut choquer, ou rien ou un peu. Et alors ? A chacun de s’en faire son idée.

 

Lisa Bienvenu

 

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beta Beta

Jens Harder, éditions Acte sud l'an 2 - 2014

Beta... civilisation volume 1 est un livre d’artiste avec des idées et un style, dans lequel tout peut choquer, ou rien ou un peu. Et alors ? A chacun de s’en faire son idée.

  

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Plumes de brigands 96

vente réfugiés Vente d'illustrations au profit de l'accueil des réfugiés

association Encrages

 

"L’action

Pour soutenir les associations et collectifs qui accueillent les réfugiés, des illustrateurs et illustratrices se mobilisent pour récolter des fonds en organisant une vente de d’originaux.

Le déroulement

Une vente aura lieu à Paris, La Rotonde, place de la Bataille de Stalingrad, le 13 décembre 2016.

De partout on peut aussi participer car depuis quelques temps tous les jours, vers 17h, une image est mise en vente sur le site de l’association Encrages et on peut acquérir une illustration en remplissant le formulaire en ligne. Il y a aussi le FaceBook de la Vente pour suivre en temps réel tout ce qui se passe.

D’autres événements sont dans les tuyaux autour de Nantes et Lyon pour l’accueil des réfugiés. En allant sur le site d’Encrages, vous trouverez tout ce dont vous avez besoin pour comprendre la naissance de ces événements. Il y a l’art engagé et il y a également l’engagement humain des hommes et femmes qui travaillent dans le très vaste millieu de la culture.

Des actions concrètes qui répondent à des besoins urgents : matériels, trouver de l’argent, et essentiels, être ensemble, bien, partager un doux moment, même s’il est court. C’est ce que fait Encrages.

Encrages est une association loi 1901 qui a pour but de promouvoir le livre jeunesse, la lecture, l’illustration et l’image animée, de permettre à des publics précaires de s’exprimer par des ateliers et enfin d’organiser des évènements caritatifs en soutien à des personnes en précarité, à des associations et des collectifs.

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 vente réfugiés

 

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Plumes de brigands 95

toc toc toc Toc toc toc

Henri Meunier, éditions Thierry Magnier, collection tête de lard

Une ribambelle d’animaux se pointe chez la tortue, ils arrivent un par un au début, assez petits puis de plus en plus grands et en famille.

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On ne sait pas, on sait juste que Josiane n’est pas chez la tortue. Mais que sur ces bons conseils, le diplodocus va aller voir chez Sophie si Josiane y est. Et devinez qui est Sophie. Un esc... chut, non, c’est la fin... chut...

Ce livre est à tomber par terre si on l’écoute sans les images "Mais qu’est-ce qu’elle lit, là à son môme ?" Et quand on a l’image, ça n’arrange rien... Bref, c’est un tout petit format aussi dans la collection "tête de lard" chez Thierry Magnier.

Vous savez, c’est celle qui rend les enfants intelligents en leur racontant des blagues énormes sans queue ni tête ! Allez "You you", allez-y donc !

 

 

 

Lisa Bienvenu

 

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ceci est un livre Ceci est un livre

Antonin Louchard et Martin Jarrie, les éditions Thierry Magnier - 2016

Il y a de quoi en perdre la tête ! On y trouve pêle-mêle et entre autres... organisés selon les associations d’idées et d’images : des calembours, du surréalisme (René Magritte), du pop-art (Andy Warhol), de l’OuLiPo (Raymond Queneau)...

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Le mouvement de l’OuLiPo se définit par ce qu’il n’est pas. Le surréalisme, incarné ici par un hommage à Magritte remet en cause la véracité de nos perceptions visuelles sur le réel. Le Pop-Art, lui, est un mouvement artistique qui interroge le pouvoir de la consommation sur nos vies.

La société de consommation étant incarnée par la publicité, on peut considérer que le Pop-Art interroge aussi les images. ça commence à faire beaucoup de questions quand même. Ajoutons là que la première fois, ce livre est sorti en 2002, en petit format, dans la collection "tête de lard" chez Thierry Magnier, collection dirigée par Antonin Louchard.

Il reparaît en 2016, dans un format un peu plus grand... "c’est pour mieux t’ouvrir les yeux mon enfant". C’est avec ce genre de livres, subtilement absurdes que l’on peut faire devenir nos enfants redoutablement intelligents et incroyablement tolérants. Parce qu’on n’arrête pas de se poser des questions en s’amusant ! C’est d’autant plus important aujourd’hui, que la censure nappée de bienveillance revient en force.

 Ces deux livres-là ont été censurés par la DASCO : le dictionnaire fou du corps de Katy Couprie, éditions Thierry Magnier, 2012 Beta... civilisations, volume 1 de Jens Harder éditions Actes Sud / L’An 2 Le dernier article paru sur le sujet dans le journal libération daté du 4 novembre.

 

Lisa Bienvenu

 

 

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laprentissage L'apprentissage amoureux

Laetitia Bourget et Emmanuelle Houdart, éditions Seuil jeunesse

Tout commence par la fin. Plus précisément, tout arrive très vite : l’amour et puis la suite...

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...découvrir les défauts de l’autre, pendre conscience des siens. Trouver sa place, la faire vraiment sienne, être en harmonie en accueillant les fausses notes. Les illustrations d’Emmanuelle Houdart sont charnelles, dérangeantes, cauchemardesques et rassurantes. Les mots de Laetitia Bourget sont tendres et durs, les situations qu’elle évoque sont souvent drôles, émouvantes. Ensemble, les illustrations et le texte, dans toute leur fantaisie, ont un effet miroir... si, si.

 

Lisa Bienvenu

 

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Plumes de brigands 94

bjorn Björn, six histoires d'ours

Delphine Perret, , éditions les fourmis rouges, septembre 2016

 

"Quelque part, il y a Björn. ça veut dire ours en suédois ou en islandais. Bien! Björn est chez lui, ou pas loin. Tout seul, ou avec ses copains. Dans une des histoires, il souhaite offrir un cadeau à Ramona, sa seule copine humaine pour la remercier de la fourchette qu’elle lui a donné. Il s’en sert pour se gratter. Il aimerait bien lui mettre du miel dans une enveloppe. Mais ça colle...

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Celui qu’on prend dans son sac quand on va se promener en forêt et qu’on a décidé d’observer, de sentir, d’écouter. De prendre son temps.

Prendre son temps, c’est ce que fait Björn. Björn fait sa place, il ne s’encombre pas, il met dehors le canapé qui prend tout son espace. Comme ça, en plus tout le monde en profite.

L’album est spacieux et épuré, sa lecture est intuitive : tout est simple et essentiel, les personnages avec leurs attitudes, leurs actions, leurs gestes. Minimaliste. Il n’y a pas de bruit pour rien... Au début du livre, on voit la fin d’un ricochet. A la fin, sur la dernière page de garde, on voit Björn qui regarde partir son caillou. Un peu à l’envers...

A l’envers, à contre-courant, selon son vrai goût, tranquillement et sincèrement, je crois que c’est la ligne artistique autour de laquelle Delphine Perret construit paisiblement et en silence, son oeuvre.

 

Lisa Bienvenu

 

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Plumes de brigands 93

Myrmidon Myrmidon et la grotte mystérieuse

Loïc Dauvillier et Thierry Martin, éditions de la gouttière, 2016

 

"Myrmidon aux oreilles et au nez rouges enfile une peau de bête et prend une lance d’homme préhistorique. Peau de bête et lance arrivent dans la gueule d’un chien. Dans sa course qui a visiblement commencé bien avant le début du livre, le chien s’est fait alpaguer par Myrmidon. Ce tout petit bonhomme qui a bien des aventures à vivre.

Myrmidon en est à sa cinquième aventure.

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Myrmidon (vous m’excuserez, c’est tellement mignon à prononcer que je ne me lasse pas de l’écrire) est un adorable petit personnage fort attendrissant qui a une imagination absolument sans bornes et est toujours le plus fort. Un tout petit enfant, en somme... de 18 mois, 2 ans, encore avec ses couches culottes qui a le monde entier et la vie devant lui, ravi de tout et qui n’a (presque) peur de rien.

Et voilà comment sont découpées ces aventures complètement muettes : 2 cases par planche, 1 action par case, dont l’orientation dans la page change en fonction du type d’action Ces aventures en BD sont complètement muettes, pas un mot ni une lettre à l’horizon, juste le dessin, le découpage en case, le jeu avec les lignes, l’orientation dans la planche pour saisir le rythme, l’action, l’enchaînement, la narration.

C’est parfaitement adapté aux tout-petits bouts et ça déconcerte évidemment les adultes qui ont oublié comment lire des images. Vous imaginez, votre petit de 2 ans qui vous explique l’histoire ? Alors pour tout ça, c’est formidable ! Et en plus il y a des autocollants à la fin de l’album.

Par là, le site des éditions de la Gouttière qui font un merveilleux travail d’éducation à l’image !.

 

 

Lisa Bienvenu

 

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anuki Anuki

Stéphane Sénégas et Frédéric Maupomé, les éditions de la Gouttière - 2016

 

Anuki en est à sa 6 è aventure ! Anuki, c’est ce petit indien qui habite dans une BD complètement muette. Comme dans Myrmidon, pas un mot, pas une lettre, c’est "simplement" le dessin qui parle. Mais là, ça se corse, le format de la BD se rapproche de celles pour les plus grands, plus d’espace dans la planche, plus de cases, plus d’actions et d’enchaînements, ça devient vraiment compliqué !

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parfaite idée pour une narration uniquement faite d’images (si vous connaissez les films muets, pensez aux courses poursuites qui en sont de formidables ingrédients). L’enjeu est tout de même de taille parce que la course est émaillée d’embûches en tous genres, notamment celle d’une fille (argh, les filles, c’est pénible quand même) au caractère bien trempé ! Il va falloir jouer des cases pour se faire une place. S’arrêter, se dépasser, se poser, s’aider, garder la face, se perdre, faire bouger ses lignes, se retrouver.

Il y a tout ça et même davantage. Tout est absolument savoureux dans cette BD : le rythme endiablé, les arrêts sur image, les regards des personnages et les couleurs. Dans une narration faite d’images, il ne peut y avoir que l’essentiel, alors tout est sensible et palpable, au plus proche de l’émotion...

C’est un grand plaisir et en plus à la fin, il y a des autocollants. Les éditions de la Gouttière font un énorme travail sur l’éducation à l’image de manière très artistique et accessible !

 

 

Lisa Bienvenu

 

 

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Plumes de brigands 92

le gd spectacle Le grand spectacle

Claire Franek, éditions du Rouergue - septembre 2016

 

C’est l’histoire d’enfants qui jouent à concevoir un spectacle. ça commence avec une histoire d’amooouuurrr. Alors que les amoureux se regardent assez bêtement, ça tourne vite en eau de boudin, parce que tout le monde aimerait y mettre son grain de sel. Pour faire leur spectacle, Zoé, Victor, Aziza, Noahm, Camille, Raphaël et Bilal discutent, négocient, affirment, assument de grandes idées. Certaines viennent d’eux, d’autres ont dues être attrapées chez les adultes (vous ferez la différence tout seul) et semblent presque être testées auprès des copains pour voir si c’est vrai et juste ou pas.

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Les personnages sont dessinés dans des cadres, un peu comme des photos, un peu comme dans un album de famille. D’une page à l’autre, la composition est donc assez similaire, on trouve vite ses repères. Visuellement, la fantaisie est dans le trait, les regards et comportements des personnages, la typographie. Dans le texte, la petite folie est dans les dialogues : on dirait des vrais enfants en grande discussion sérieuse et le type de narration choisie, celle du théâtre, qui rappelle le vaudeville. Tout est très structuré pour donner un rythme fort, tout se déroule sur un temps court et donc irréaliste, c’est exagéré, donc forcément drôle. Ainsi progresse l’intrigante intrigue jusqu’à la fin que les enfants souhaitent heureuse et l’auteur, très ouverte... Ouverte, parce que ce spectacle, on n’en verra jamais le début, alors la fin, pensez-vous... Dans cet album linéaire en apparence, tout est perspective et profondeur : le bleu et le rouge sur fond blanc donnent la sensation d’entrer sur scène dans un univers en 3D, les arrivées (attendues) successives des personnages dans le livre rythment l’histoire et la narration, ce sont eux, les enfants qui décident de ce qui va se passer, des différentes directions à prendre. La présentation, en album de photos laisse courir en fond toute une vie de famille, des souvenirs heureux ou douloureux.Une ode au plaisir, au jeu et à la vitalité, assez incroyable !

 

Lisa Bienvenu

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Plumes de brigands 91

Si tu ne ranges pas Si tu ne ranges pas ta chambre

Ingrid Chabbert et Séverine Duchesne, éditions Frimousse, printemps 2016

 

"Louis n'écoute pas sa mère qui lui demande de ranger sa chambre. Les avertissements sont sans effet : il ne croit pas aux fourmis rouges qui sont censées envahir la pièce, ni à l'ogre Galuffe qui devrait manger ses jouets. Mais quand un grand monsieur barbu sonne à la porte en se présentant comme l'ogre Galuffe, Louis se précipite dans sa chambre pour la ranger.

 

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 HAHA, maintenant que le début de la menace est lancé, il va falloir lui trouver une chute réaliste, un chantage réalisable... presque plus compliqué que de ranger sa propre chambre de parent... Oui, parce qu’on est bien d’accord, un enfant qui ne range jamais rien et évolue dans un bazar polyvalent (ça ne veut rien dire, mais je sais que vous voyez ce que je veux dire...) c’est d’abord parce les parents ne rangent pas beaucoup... du tout, non ?

Bref, il va donc se passer un drôle d’événement totalement inattendu avec une chute toute saugrenue. D’abord, j’ai un peu ri à la lecture de ce livre, sincèrement, sans plus. Et puis je l’ai relu, regardé plus attentivement, j’ai senti une petite chose rigolote en sortir, vraiment. Et là je me suis dit "Ah c’est trop fort". Parce que tout se passe dans les silences entre le texte, très réduit et les images, les jeux de regards entre Louis et sa mère. C’est rempli de coquinerie et de taquinerie, tout le monde en prend pour son grade : les enfants et les parents.

 

 

Lisa Bienvenu

 

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Bonne nuit Bonne nuit tout le monde

Chris Haughton, éditionsThierry Magnier automne 2016

 

Dans ce livre, c’est doucement et naturellement que le petit ours qui n’a absolument pas sommeil pour un sou, va finalement se coucher et s’endormir.Pourquoi ? Tout le monde dort...

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Peut-être parce que dans le ciel, on voit la petite et la grande ourse ensemble, tendrement côte à côte ? Et quand on les voit, c’est parce qu’il fait nuit, naturellement. Alors c’est l’heure de dormir. Sur les pages de garde on voit le ciel de l’hémisphère sud et celui de l’hémisphère nord, la Terre, La Lune, le Soleil et les planètes du système solaire.

C’est un enchantement. Dès l’ouverture du livre, on sent qu’on fait partie d’un tout qui tourne, naturellement et inexorablement. Alors rien ne sert de lutter. Ce livre, l’auteur, Chris Haughton le dédie à sa sœur, enseignante Montessori. Alors je ne connais très bien la méthode, la "philosophie" Montessori.

Mais ce que je vois dans cet album, dans le texte et la forme du livre (des rabats qui grandissent, comme une couverture, les pages de garde), c’est un accompagnement vers la nuit, simplement parce que c’est l’heure et que tout le monde dort. La nuit va recouvrir tout le monde, comme une grande couverture douce et chaude. Le texte commence par dire que "le soleil se couche et tout le monde a sommeil" et on le voit dans les images : on devine la douce chaleur du crépuscule, enveloppante.

Aujourd’hui, les animaux diurnes se couchent avec le soleil, presque comme les hommes, avant l’électricité. On vivait selon le rythme cicardien, en harmonie avec la nature. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui avec nos rythmes centrés sur le travail et l’économie... voilà pourquoi c’est compliqué de mettre nos petits enfants au lit peut-être ? Oui, pensée un peu raccourcie... Alors je dirais que ce bel album est une invitation au bon sens et à se faire confiance...

 

 

Lisa Bienvenu

 

 

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Plumes de brigands 90

naya Naya ou la messagère de la nuit

Philippe Lechermeier, Claire de Gastold. Editions Thierry Magnier, septembre 2016

 

Naya sculpte, Naya écoute et pressent l’avenir. Naya rassure, Naya apporte la bonne parole et délivre aussi de mauvaises nouvelles. Naya ne peut pas changer l’avenir, ce sont les hommes et les femmes ensemble qui le peuvent. Le son de cette histoire parcourt l’échine longtemps après qu’on l’ait lue.

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A entendre juste le titre et lire le résumé de la quatrième de couverture, on s’envolerait dans une histoire de l’Afrique : une sorte de conte de sagesse. La luxuriance de la forêt sur la couverture nous emmènerait plutôt dans la forêt amazonienne... ceci dit, ce n’est pas dans cette forêt que vivent les dernières tribus indigènes qui se préservent de la colonisation du monde civilisé en restant fidèle à leurs principes de vie ? Les images et surtout le grain, les couleurs, l’impression sur le papier rappellent le Pop art. [1] Ce qui caractérise profondément ce mouvement, c’est l’interrogation sur la société de consommation, le rôle qu’elle peut avoir dans nos choix de vie. Alors certes, l’illustratrice, Claire de Gastold a fait un choix esthétique, graphique, qui donne une ambiance particulière, moderne à ce conte de sagesse qui semble issu des profondeurs de la terre. Mais ce choix esthétique a aussi du sens dans ce que l’histoire raconte. Quel mystérieux mystère... isnt’it ? Le texte de Philippe Lechermeier a des sonorités à la fois anciennes et très modernes. Le rythme, les répétitions permettent au récit de s’installer dans le temps, on patiente, l’histoire doit se dérouler tranquillement. Le quotidien est là, immuable. Jusqu’à ce que le malheur arrive dans l’histoire, signifié par des ruptures dans le texte, la langue accroche, alors on prend son temps pour saisir le rythme de l’histoire...

On sent qu’on est dans une histoire moderne, un conte d’actualité.

Et puis à l’occasion, penchez-vous sur les yeux et le regard des personnages !

 

Lisa Bienvenu

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Plumes de brigands 89

sous les étoiles Sous les étoiles

Martine Perrin, éditions Les grandes personnes, 2016

 

"Sous les étoiles... il y a toute la vie... de jour comme de nuit ! On se promène tranquillement "au gré du vent" alors si c’est le vent qui nous pousse, on ne sait jamais quel chemin on va prendre ni ce qu’on va rencontrer. C’est toujours un petit détail qui nous mène d’une page à l’autre : une forme ou une couleur.

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Cet objet sobre et élégant est l’aboutissement d’une réflexion esthétique. Je m’explique : C’est un livre au carton tout doux, aux bords arrondis, donc absolument parfait pour les tout petits. Il s’ouvre, comme on décachette une enveloppe contenant un message de la plus haute importance, rare et précieux. (Non, pas une déclaration de guerre, on n’est pas dans Game of Thrones... oups, je m’égare...) On passe d’une page à l’autre en suivant "le vent", comme nous le propose le texte. On est dans la nature, on suit son instinct.

Pour incarner son propos, l’auteur guide notre regard, jamais tout à fait de la même manière. Il y a bien toujours un lien visuel (forme, couleur) mais aussi un rapport sensitif, émotionnel ou fondamental entre les éléments d’une page à l’autre. C’est bien subtil ! Le cœur du livre est un rond, comme la terre, comme un cocon, comme un ventre...

Les éditions Les Grandes Personnes, s’amusent avec leur logo : sur la couverture, il reprend malicieusement un détail du livre entre les parenthèses qui les identifient. Sur le dos du livre, on retrouve leur nom. Souci du détail, plaisir du jeu visuel, clin d’œil, complicité, appel à l’intelligence du petit lecteur qui repère ces particularités. C’est tellement important !

 

Lisa Bienvenu

 

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la princesse flore et son poney La princesse Flore et son poney

Philippe UG, éditions Les grandes personnes,- 2016

 

Il était une fois la princesse Flore, une princesse absolument pas d’accord avec le dragon qui brûle tout dans la région. Alors, plutôt que d’attendre qu’on le fasse à sa place, elle part pour combattre l’ennemi afin que tout redevienne joli.

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A envisager sous deux angles différents, pas pareils et très complémentaires : une beauté bluffante et un sens évident de l’absurde. Philippe UG fait des livres POP-UP, vous savez, ces livres desquels les images sortent selon une ingénierie épatante. Et là, merveille des merveilles, c’est fin, délicat et solide en même temps. Pour avoir entendu l’auteur parler de son métier, qu’il pratique depuis de longues années (paix à son âge), il souhaite que les enfants puissent toucher et manipuler justement parce que c’est beau. Il a également le souci du récit qui progresse selon certains éléments avec tout autour, des dessins décoratifs mais qui servent aussi le propos de l’histoire (pensez un peu aux motifs des tapisseries moyen-âgeuses...). Et puis cette histoire dans sa manière d’être écrite m’a terriblement fait penser à l’univers des Monty Python, pour son rapport au Moyen-Age, au conte et à ses principes racontés de manière absurde et burlesque.

Et puis, cerise sur le gâteau : Philippe UG joue avec les éléments du conte (la princesse, le dragon, le château...), les lecteurs les connaissant bien aussi, l’imagination peut partir en galopant (à dos de poney) et dans ce livre-là, elle galope doublement puisqu’elle sort aussi physiquement du livre.

C’est beau, drôle, magique et intelligent, franchement ça fait beaucoup de bien !

 

Lisa Bienvenu

 

 

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Plumes de brigands 88

les yeux fermés Les yeux fermés

Géraldine Alibeu, éditions Acte sud junior - octobre 2015

 

Anaïs, Ornella, Medy, Léo ou Moustapha ont tous les yeux fermés, mais ils ne dorment absolument pas. Ils pensent et sentent, se font leur monde entre leurs deux oreilles. "Fanny s’est réfugiée derrière ses paupières. Cache-cache est son jeu préféré. Les yeux fermés, elle sait que ça marche à tous les coups." C’est le texte qui accompagne la dernière image du livre qui représente une toute petite fillette, les yeux fermés, son doudou dans les bras, bien cachée près de la plante, en plein milieu du salon... à l’abri du regard des autres. ça veut dire beaucoup, cette image...

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Les illustrations sont faites de différents tissus cousus entre eux : trouver le bon tissu, le découper de la bonne forme, coudre et puis scanner, retravailler les couleurs à l’ordinateur peut-être... les matières choisies sont douces et rondes, chaleureuses. Le tissus habille, masque, protège, camoufle... le tissu rassure.

Géraldine Alibeu raconte de tout petits instants qui sont de grands moments de la vie de ces personnages : des enfants, des adultes, des animaux qui ressentent le besoin de fermer les yeux pour faire quelque chose, pour mieux voir à l’intérieur de soi. On ne sait rien d’autre d’eux, on peut absolument tout imaginer, à partir de cet instant de vie intime que l’auteur nous confie. Pas de récit narratif, juste une concentration précise.

"Ouvrir les yeux sur le monde", "garder un oeil ouvert", "avoir les yeux grands ouverts", "ouvrir l’oeil", "voir le monde en grand"... Les expressions sur "les yeux" sont résolument tournées vers le monde extérieur auquel il faut s’ouvrir, presque comme une injonction.

Rares sont les livres, les histoires, les dessins qui représentent des personnages aux yeux fermés. Comme s’il ne pouvait rien se passer quand nos yeux sont fermés... Ce livre raconte par le dessin et le texte, la vie intérieure, nécessaire pour pouvoir être et être au monde. Le raconter de cette manière aux enfants est magique. C’est leur dire que la vie intérieure,intime, existe./span>

Lisa Bienvenu

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Plumes de brigands 87

Martha était là Martha était là

Atak, éditions Les fourmis rouges, mai 2016

 

Martha est la dernière tourterelle voyageuse. Porte-parole de son espèce, elle raconte sa disparition. Elle dit avec une grande candeur l’admiration qu’elle a suscitée chez l’Homme et le changement de regard qu’il a porté sur elle, simplement parce qu’elle le gênait pour sa propre évolution, alors il l’a éradiquée.

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...le mouvement, la succession des images dans les pages, le point de vue adopté par l’auteur, les références artistiques, scientifiques ou historiques qu’on voit ou qu’on perçoit dans le livre nous procurent un sentiment d’étrangeté. Tout est clair et flou en même temps, on hésite entre admiration et malaise dans l’univers si singulier de cet artiste.

Atak a véritablement mis son art au service de cette triste histoire qui nous place face à nos contradictions les plus profondes, nous pousse dans nos retranchements.On admire la nature, mais notre mode de vie d’aujourd’hui est le résultat de la Révolution Industrielle, celle qui a tant fait pour le confort matériel de l’Homme et tant défait la Nature.

D’un côté, des images suggèrent calme, bonheur et harmonie. D’autres images évoquent le bruit, le désordre, la multitude, la souffrance. Entre les deux, il y a le récit de Martha qui s’adresse directement au lecteur et qui est paradoxalement apaisant. La violence du propos n’est pas amoindrie pour autant, mais avec ce procédé, on prend du recul, on a ainsi la possibilité de réfléchir : doit -on massacrer une espèce au nom de l’"évolution" de l’Homme ?

Ce livre est un véritable casse-tête, un chef d’oeuvre, une merveille qui dérange parce qu’elle pose sacrément question, sans réponse, mais sans concession non plus.

C’est une histoire vraie.

De plus en plus en littérature jeunesse, on voit des livres d’artistes qui proposent une véritable et profonde réflexion sur l’état du monde. Sans moralisme mais sans concession non plus.

Lisa Bienvenu

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Plumes de brigands 86

heu reux Heu-reux!

Christian Voltz, éditions du Rouergue, mars 2016

 

Raconte l’histoire de Grobull, taureau-tyran, roi des pâturages, qui doit marier son fils unique : le Prince Jean-Georges. Des prétendantes toutes plus belles les unes que les autres défilent devant le Prince, rien n’y fait, elles sont toutes renvoyées dans leurs pénates. C’est si contrariant pour le taureau-tyran qu’il finit par tout accepter à force d’avoir tout essayé : il se doit de répondre à l’injonction faite à son fils d’être Heu-reux ! Il a en fait été pris à son propre piège… Pour le plus grand bonheur final de son descendant !

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...toujours, entre profondeur et légèreté, la preuve. Un taureau-tyran, c’est fort et impressionnant, un taureau va droit au but, il fonce, sans trop de sensibilité et d’attention à l’entourage. Dans cette histoire, Grobull, le roi est finalement extrêmement touchant, il est peut-être contraint et forcé d’accepter son fils tel qu’il est, mais, au nom du bonheur qu’il veut pour son fils, il a transformé son regard. Vision de la vie plutôt optimiste !

Autres ouvrages aux éditions du Rouergue parus récemment :

buffalo belle Buffalo Belle, Olivier Douzou, mars 2016  je suis qui je suis Je suis qui je suis, Catherine Grive, mars 2016

Lisa Bienvenu

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Plumes de brigands 85

santa fruta Santa fruta

Delphine Perret et Sébastien Mourrain, éditions les fourmis rouges, 2016

 

Tout le monde est contrarié dans cette histoire, rien ne se passe comme « ça devrait ». C’est « l’histoire d’un cactus et d’un chat ». Un cactus planté, sans bouger évidemment au milieu d’une contrée désertique qui réussit à piquer sans le faire exprès.

Les gens s’approchent trop, ce n’est quand même pas de sa faute ! Un chat qui vit dans une ville très habitée, avec deux maîtres fort occupés, qui voyagent beaucoup, s’occupent énormément de lui et aimeraient bien pouvoir le papouiller un peu plus.

Un cactus qui aimerait bien voyager. Un chat qui aimerait bien qu’on le laisse tranquille. Jusqu’à ce qu’il se passe quelque chose de bien dans leur vie, à chacun.

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U n peu sauvage, il nous fait de l’œil, il pique un peu, on se demande où il nous emmène et quand on trouve, on est séduit. Ce livre-là s’apprivoise et s’adopte. Il est conçu dans ce sens : choix et traitement des personnages (un chat pas sympa et un cactus), couleurs pâles, froides (bleu métallique et beige orangé), écriture découpée et ironique qui installe de la distance, un trait, des dessins drôles mais tout en retenue, beaucoup de blanc et une mise en page qui balade le regard de manière aléatoire.

Et puis il y a les détails, l’attention portée à l’observation du livre, à l’observation de l’autre : l’humour, la tendresse et la complicité s’installent alors. 

C’est un livre qui dit de bout en bout d’aller un peu plus souvent à l’envers du monde et un peu plus selon son vrai goût, tranquillement, car c’est là qu’on fait les meilleures rencontres.

Lisa Bienvenu

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